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15 août 2006

Maxence Rifflet et Gil Gonzalez-Foerster / Chengdu, Hiver 2006

Proposé par Yto Barrada pour le Prix Dialogue de l’Humanité 2006.


Loin des mégapoles de la Chine orientale médiatisées en Occident, Chengdu subit des bouleversements majeurs. Avec 10 millions d’habitants, la capitale du Sichuan ne cesse de s’étendre, de grignoter sa campagne fertile dont elle attire les paysans que la terre ne nourrit plus. Ces migrants débarquent en nombre et fournissent la main d’œuvre sans droits pour construire un futur résidentiel. À l’Est, Chengdu se débarrasse de ses usines, les cités ouvrières sont détruites. 

C’est sur ce territoire que nous nous sommes rencontrés à l’automne 2003. Là est né le projet d’un documentaire, un dialogue entre textes et photographies. Fin 2005, après deux années d’échange, nous nous sommes retrouvés à Chengdu pour une première enquête de plusieurs mois. Au fil des rencontres et des lieux découverts, des personnages sont apparus et nous avons appris à lire ce territoire en mutation.


Il y a d’abord eu cette dérive du centre vers la périphérie, de dacisi, un des derniers vieux quartiers de Chengdu que refusent de quitter quelques habitants, à hongshacun, un village rattrapé par la ville, où les activités de loisir pour citadins ont remplacé l’activité agricole. Entre les deux : un marché aux travailleurs, un échangeur que se réapproprient les habitants, un quartier de migrants, une patinoire-dancing en marge d’un terrain vague et des résidences en construction. 

En chemin, il y a aussi eu ce détour le long de la shahe, un canal industriel peu à peu nettoyé de ses usines et réaménagé pour séduire les promoteurs immobiliers. Aujourd’hui, ce projet d’espace résidentiel continu est encore morcelé : là, une centrale thermique occupe toujours la berge, ici, une maison de thé s’accroche à un quartier en démolition, plus au nord, la façade ravalée d’une vieille cité cache une nouvelle misère ouvrière. 

Notre parcours dans ce territoire spécifique renvoie à la réalité des autres grandes métropoles du pays. Il rappelle aussi les transformations de la vallée du Yangtze où nous avons travaillé séparément depuis plusieurs années. Dans l’Est de Chengdu se révèle un monde ouvrier et rural en marge d’une Chine convertie au libéralisme.

Notre recherche est autant une enquête, une récolte d’informations et d’images, de témoignages et de traces, qu’une « équipée » tenant compte des accidents de parcours et de notre relation aux lieux et à leurs habitants.

Nous travaillons selon une logique de montage qui permette de préserver la dimension énigmatique des images et les possibilités descriptives et suggestives de l’écriture. 

Gil Gonzalez-Foerster et Maxence Rifflet



Exposition présentée au Magasin Electrique, Rencontres d’Arles 2006.