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29 août 2011

Nelli Palomäki, As time consumes us*

L’expression « à travers le regard d’un autre » nous rappelle que l’image que nous avons de nous-mêmes n’est pas absolue, ou fidèle. À bien des égards, le miroir ment davantage qu’une photographie. Nous apprenons à nous voir de manière tellement restrictive qu’aucune image ne parvient jamais à nous satisfaire.

À mesure que le temps ronge nos visages et ceux de nos proches, nous commençons à feuilleter l’album de notre passé. Aussi belle ou poignante qu’une image puisse être, aussi forte soit-elle émotionnellement, la sensation que nous recherchons demeure intangible et fugace. Nous ne parviendrons jamais à appréhender pleinement ni à recréer ce moment ; il est mort-né. Tristement, le portrait n’est que l’ombre de notre rencontre, un éclat de temps que nous passons ensemble.

Chaque portrait que j’ai pu réaliser est aussi une photographie de moi. Ce que je décide de voir, ou plutôt mon rapport aux choses que je vois, détermine irrémédiablement l’image finale. Mais au-delà, c’est l’intensité du moment partagé avec le sujet qui domine le portrait. Nous nous tenons là, le visage grave, respirant le même air lourd, nos singularités se détachant avec une acuité jamais égalée. L’un est aveugle, dans l’impossibilité de contrôler son apparence, tandis que l’autre tente désespérément d’atteindre l’instant décisif. La complexité du portrait, son piège le plus retors, réside toujours dans les relations de pouvoir. Ce que je désire trouver et dévoiler pourrait bien être le secret du sujet.

Des secrets enfin révélés à tous, comme s’ils étaient miens. Un portrait est éternel. C’est une manière désespérée de rester en contact avec des individus qui, même lorsqu’ils me sont inconnus, me demeurent ainsi familiers. C’est ma manière de conserver un condensé de cette personne, de l’embaumer. À travers son portrait, je construis une relation avec mon sujet. Je porte son souvenir en moi, intimement lié à cette photographie. Je scrute leurs visages en secret. C’est ainsi que je me les rappelle. Je me demande s’ils se souviennent de moi. Tandis que le temps nous consume lentement, je conserve ces images d’eux, qui sont l’unique instance de la connaissance que j’ai de leur personne.

Et de ce sentiment pénétrant : je les ai rencontrés, ils vont mourir et je vais mourir aussi.

 

Nelli Palomäki



* As Time Consumes Us : à mesure que le temps nous consume

 

Artiste présentée par Jyrki Parantainen.

Exposition présentée à l’Atelier de Mécanique, Parc des Ateliers, Rencontres d’Arles 2012.