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6 juillet 2004

Nest Room, Le « salon » de Joseph Holtzman à la National Design Triennal

Martin Parr a invité le magazine américain de décoration Nest. Il souhaite ainsi rendre hommage à son fondateur Joseph Holtzman qui défend tout particulièrement la création photographique au sein de cette publication.

L’installation de Joseph Holtzman au Cooper-Hewitt National Design Triennial de 2003 a été conçue à la fois comme une « vraie » pièce et comme l’idée d’une pièce. Il ne s’agit pas ici de la représentation type – la pièce d’époque, par exemple – que l’on trouve dans un musée. Cette pièce est une proposition, un plaidoyer pour le particulier aux dépens de l’universel. Fait avec des murs, peint sur des murs, accroché à des murs, ce projet lance une riposte au rejet moderniste de l’artifice. Si la boîte vitrée de Mies van der Rohe se sert du paysage environnant comme papier peint, Holtzman reprend le mur comme toile où les « vrais » arbres se trouvent détrônés par un morceau détaché de feuillage. La présence de fenêtres ne fait que limiter les possibilités, l’espace dans lequel le créateur évolue : ainsi la seule fenêtre figurant dans cette installation se cache derrière des persiennes peintes. Récusant la transparence, Holtzman règle la problématique intérieur/extérieur en inventant sa propre flore, sa propre faune : à la place de l’arbre, il nous en propose le sens. 

En effet, le spectateur a d’emblée le sentiment d’être enveloppé par les grands tournesols de la tapisserie Jacquard fixée au mur au niveau de la corniche. Il s’agit ici d’une pièce qui porte un manteau : on s’y sent tout de suite au chaud, dans une ambiance dont l’effet carrément narcotique est accentué par le chintz à motif de feuilles de cannabis – emblème du magazine Nest, édité par Holtzman – qui recouvre lampes et coussins. Des images de lapin prolifèrent sur les chaises ; et sur les carrés de verre de la partie inférieure du mur, les parterres formés par les vrilles de rosier entrelacées servent de repoussoir aux poissons-lunepoissons-lunes qui se balancent indolemment par-dessus. Un hédonisme freiné, équilibré, est la clef de la réussite de cette pièce – et, en fin de compte, de son identité. Pudique sans être pudibond, ceci est un véritable salon pour le XXIe siècle.

Les dimensions, les contraintes linéaires fixent le poids, la gravité du salon, lui fournissent un ancrage pour que, à l’intérieur de cette boîte, le décorateur et les invités aient – pour une fois – le droit de réfléchir. Il s’agit après tout d’une salle de lecture – mais plus précisément de la lecture de Nest : une salle donc tiraillée à tout moment entre repos et hyperstimulation.

Susan Yelavich



Exposition présentée à l’Atelier de Mécanique, Parc des Ateliers, Rencontres d’Arles 2004.