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27 août 2007

Pablo Bartholomew – Outside in, Un conte de 3 villes…

Pour ses 51 ans, Pablo Bartholomew a offert à son avenir un étrange présent : son passé ! Au prix d’un éprouvant labeur, il a exhumé et scanné ses 35 000 premiers négatifs noir et blanc « oubliés » depuis 25 ans. Photojournaliste réputé dans le monde de la presse internationale – et donc forcément revenu de tout –, il est allé fouiller pour nous dans ses archives avec la timidité d’un débutant. Non pas par nostalgie ou sous l’effet d’une middle age crisis mais simplement parce qu’il se doutait que ses images « tiendraient toujours le coup ». Encore habité par le souvenir d’un père dont la photographie n’était qu’un des talents, Pablo exhume les trésors gris et rayés d’un monde flottant issu des brumes de sa jeunesse. Viré de l’école à 15 ans pour insubordination, il découvre un monde bien plus fascinant : les bizarres, les défoncés, les hippies blancs. Hypnotisé par les paradis perdus et les sous-paradis chimiques, il partage la vie d’un peuple rebelle de silhouettes incongrues et de jolies alanguies. Inguérissable nomade, il erre de fêtes en palabres, travaillant comme photographe pour la pub ou pour une « industrie qui ne s’appelait pas encore Bollywood ». Et chaque fois, il s’échappe, retrouvant ses copines et ses anti-héros, entre héroïne et anticonformisme. Dans les riffs des premiers larsens pop, la révolte et le tonnerre des moussons grondent en stéréo. En refrain : des chevaux traversent le fond du décor, énigmatiques messagers, fil d’Ariane ramenant Pablo vers son premier amour : SA photographie.

Alain Willaume




LES ANNÉES 1970 & 1980

Du début des années 70 jusqu’aux années 80, pendant mes années d’adolescence, j’ai réellement grandi. Les changements en moi et autour de moi ont provoqué des voyages intérieurs et extérieurs. Dans les rues, à l’intérieur des maisons de personnes que je connaissais, dans les trois villes que j’ai habitées et photographiées, où souvent j’errais sans but, mon appareil à la main. Ces villes aussi se trouvaient à un tournant dans leur vie, et l’ancien monde y survivait encore dans de nouveaux mondes émergents et changeants.

L’appareil photo de mes débuts était loin : d’abord un Zorki russe, puis un Pentax Spotmatic, et plus tard le Leica de mon père. J’avais appris à développer des films et à faire mes tirages dans la chambre noire improvisée à la maison. Plus le temps passait, plus l’école m’ennuyait. J’entendais l’appel du large…

Delhi au milieu des années 1970 : j’en avais fini du lycée, je sillonnais les ruelles de la vieille ville, les ghettos à touristes surpeuplés près de la gare, parmi les hippies, les junkies, les eunuques, les artistes de rue, vivant au milieu d’eux comme s’il s’agissait de mon monde à moi, de ma vie quotidienne. J’avais mes amis, très influencés par la musique et les drogues, et le cercle de mes parents, leur monde d’intellectuels socialistes intéressés par le théâtre, l’art, la peinture.

Vers la fin des années 1970, j’ai ressenti le besoin d’une ville plus grande. J’ai pris la route, me suis éloigné de ma ville natale, du ramassis de bureaucrates qui y vivait alors, pour chercher fortune. La grande ville alors connue sous le nom de Bombay me faisait de l’il, riche de possibilités dans la publicité et l’industrie cinématographique.

Plus tard, à partir du milieu des années 1980, j’ai été happé par le photojournalisme, qui m’a pris tout mon temps et mon énergie, a changé mon espace mental et mon contexte de travail. J’abandonnai, enterrai, oubliai le travail déjà accompli, jusqu’à aujourd’hui, un quart de siècle plus tard. Et me voilà, de retour à la photographie documentaire, pour poursuivre certains dialogues auxquels j’avais coupé court.

Rétrospectivement, si j’examine mon travail, je me rends compte que mes instincts – photographier mes amis et ma famille, me confronter aux marges de ma société, examiner le paysage urbain à une époque où aucun photographe, artiste ou réalisateur ne s’y intéressait – m’ont permis de constituer un témoignage important sur cette période, et d’avoir ces images qui tiennent toujours le coup.


Pablo Bartholomew, New Delhi, mars 2007


Alain Willaume, commissaire du programme India avec Devika Daulet-Singh.



Exposition réalisée avec le soutien de HP.

Exposition présentée à l’Atelier des Forges, Parc des Ateliers, Rencontres d’Arles 2007.