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17 août 2008

Paul Facchetti, Rencontres d’Arles 2008

  « L’indépendance est mon école. » Le propos pourrait être facile s’il n’était celui d’un galeriste d’art reconnu du Paris de l’après-guerre, car Paul Facchetti n’a cessé de photographier de manière discrète et soutenue ce qui l’entourait.

Aventureux, certes il l’est, lui qui exposa le premier en Europe, en 1952, Pollock dans sa galerie. Avançant dans son époque avec un goût avéré pour la nouveauté qui allait demeurer (Michaux, Riopelle, Sam Francis, Dubuffet, Appel, Fautrier, Degottex, Stahly), il est de ceux qui apprécient le surréalisme autant que l’abstraction, même en photographie. Observant le réel, au plus près de l’école dite humaniste, il garde pourtant un goût pour l’incongru, avec des assemblages osés, des surimpressions aux solarisations, jusque dans sa recherche plus abstraite des photogrammes. Si, dès avant-guerre, il s’intéresse au procédé du carbro-print, qu’il expérimente à partir de natures mortes traitées sous l’angle de vanités, avec des cadrages resserrés, c’est que la couleur délivre pour lui un effet surréel aux objets pris dans leur banalité.

Dans l’après-guerre, si son travail sur le Paris des années 1930 et 1940 est exposé au Salon national de la photographie aux côtés de Brassaï, Boubat, Doisneau, Ronis, ses recherches formelles rattachent Paul Facchetti au courant d’expression de la Subjektive Fotografie autour d’Otto Steinert, qu’il rencontre en 1949. Dans une volonté de renouer avec les recherches de la Nouvelle Vision des années 1920, il s’agit de développer un art photographique conscient de sa fonction plastique.

Certains travaux de Facchetti sont à la recherche d’effets surréels voire informels. À la fin des années 1950 il n’aura de cesse de pratiquer l’art du portrait dans lequel il excelle, photographiant ceux qui fréquentent sa galerie, écrivains, artistes ou critiques, hommes et femmes de lettres animant la vie de Saint-Germain-des-Prés. En un cadrage resserré, Paul Facchetti se tient à hauteur d’un envisagement. Sans jamais dévisager, le geste photographique chez Facchetti saisit le sujet en tant qu’il est toujours exposé : offert au regard avec complaisance dans un rapport calculé, ou dans l’affleurement du grain de la peau, dans la profondeur de la ride, exhibant quelque dépouille, rarement un désistement de soi. Paul Facchetti scrute le contour de nos desseins, au plus près.

 

Exposition présentée au Magasin Électrique, Parc des Ateliers, Rencontres d’Arles 2008.