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10 août 2006

Paul Graham, La Nuit américaine

« C’est un des meilleurs représentants de la photographie sociale anglaise capable de photographier un bureau de la « social security », quelque part vers Birmingham, un carrefour anodin, et nous sommes captivés.»


Raymond Depardon



La Nuit américaine

Les photographies de Paul Graham évoquent la fracture sociale – la ligne de partage des eaux – entre intégrés et exclus, noirs et blancs, nantis et démunis. Problème de société courant mais qui reste de nos jours soit négligé, soit l’objet de reportages relativement médiocres et lourds de clichés. La Nuit américaine aborde ce fait social à travers des images poignantes, entre art et document, qui restent graver dans notre inconscient.


Ces images sont à dominante très claire, comme si, passant de l’ombre à la lumière du jour, nous nous trouvons momentanément éblouis. Vidées de toute couleur, toute ombre, toute forme, elles demeurent néanmoins pénétrées de la vie de leurs sujets, de ces personnages qui déambulent, qui trimbalent des objets, qui attendent, qui errent au cœur d’un champ de blanc délavé, infini. Jusqu’à ce qu’il se produise l’irruption brutale soit d’une image léchée en couleur – une « maison de rêve », par exemple, inatteignable dans son cadre de verdure – soit d’une vue de rue toute en noirceur… avant de revenir à la clarté aveuglante et sans fin du quotidien.

Il s’agit ici d’images qui s’opposent non seulement par la présence ou l’absence de la couleur, mais aussi par leur contenu : les maisons sont hors d’atteinte de ces figures qui se déplaçant dans des paysages calcinés, elles relèvent du mirage, d’une promesse qui ne sera jamais tenue. Nous voilà à tout hasard plongés dans l’abîme qui sépare le leurre de la vérité, l’espoir des faits, le rêve de la réalité.


Ces photographies ont été prises entre 1998 et 2002 à travers plusieurs villes des États-Unis, dont Los Angeles, Memphis, Detroit, New York et Atlanta. Le titre fait référence à un truquage cinématographique qui permet de simuler la nuit en tournant au grand jour. La Nuit Américaine, film de François Truffaut tourné en 1973, porte en anglais le titre Day for Night.

 

Exposition organisée avec la collaboration de la galerie des Filles du Calvaire, Paris et la galerie Anthony Reynolds, Londres.

Exposition présentée à l’église des Trinitaires, Rencontres d’Arles 2006.