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6 juillet 2004

Paul Shambroom, Réunions

A travers un hommage caustique au meeting à l’américaine, le photographe Paul Shambroom s’intéresse à la démocratie du quotidien, au cadre et aux acteurs modestes. Issus de populations locales de moins de mille personnes, ces groupes improvisés se retrouvent, souvent le soir, dans des salles de classe décorées de vieilles affiches proposant des emplois d’État, du drapeau national et d’un lutrin de formica. 

Comme dans sa série de 1993-1997, prenant pour sujet l’arsenal nucléaire des États-Unis, Paul Shambroom prend pour cible les détenteurs du pouvoir. Le côté documentaire cède le terrain à une approche ouvertement théâtrale. Meetings (« Réunions ») prend pour sujet la face visible du gouvernement, parodiant à l’échelle locale des prétentions nationales à la toute-puissance, l’artiste aborde ces séances d’une banalité affligeante avec le sérieux d’un David à la cour de Napoléon. Choisissant des formats monumentaux (six des huit images en couleurs mesurent 164 x 82 cm. Elles ont été retouchées numériquement pour en atténuer les contours), il magnifie l’esprit civique en dénonçant ses limites.

Qui a dit quoi dans cette réunion de Van Buren (955 habitants) dans l’Indiana, le 21 juillet 1999 ? Qui a dit quoi dans cette assemblée des édiles de Sedgwick (112 habitants) dans l’Arkansas, le 13 mai 2002 ? Tout porte à croire que les participants n’étaient ni nombreux, ni enthousiastes. Le secret honteux de la vie politique des États-Unis ne réside pas dans les rapports de pouvoir à huis clos, mais dans le désintérêt profond des électeurs. Dans ces tableaux, Paul Shambroom exalte des inconnus endossant héroïquement des responsabilités auxquelles nous nous dérobons.

Les images ne disent pas le contenu de ces réunions. En revanche, elles nous nous font ressentir les heures de discussions que ces hommes et ces femmes, noirs et blancs, ont consacré à quelques questions insignifiantes. Sous l’éclairage des néons, l’épuisement que nous lisons sur leurs visages interdit tout élan digne de Franck Capra. Baignant dans l’artifice, mais attentive à un monde qui ignore l’art, cette série propose une vision à la fois fraîche et ironique des acteurs politiques de l’Amérique profonde.

Richard B. Woodward


Exposition réalisée avec la collaboration de la Julie Saul Gallery, New York (Etats-Unis).

Avec le soutien du Consulat des Etats-Unis à Marseille.


Exposition présentée à l’église des Frères Prêcheurs, Rencontres d’Arles 2004.