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10 août 2006

Philippe Chancel à Arles

« C’est une belle découverte ! Ses photos de la Corée du Nord sont au premier regard glaçantes, terrifiantes. Rarement un photographe nous a donné cette vision de cet état totalitaire et c’est surtout dans les scènes de la vie quotidienne qu’on peut voir cette démesure. On peut se poser la question jusqu’où le photographe peut aller dans sa quête de la vérité. Artiste ou journaliste, le regard n’est pas forcément le même. Je pense que c’est le but des Rencontres de montrer ce travail, unique et étonnant. C’est aussi une nouvelle photographie, une nouvelle esthétique due au numérique. »

Raymond Depardon



La Corée du Nord ! De ce pays fermé aux regards occidentaux, on ne sait rien ou presque. Les photographies réalisées par Philippe Chancel l’an dernier au cours de divers séjours sont donc exceptionnelles. On peut évidemment se méfier de ses images. Peut-être furent-elles dictées par quelque guide de la Révolution pointilleux ! Il n’en est rien. C’est un photographe libre de ses déambulations qui nous livre aujourd’hui une courte sélection de ce qu’il a vu. Un autre danger plane sur ces images. Facilement, le spectateur risque de les regarder en fonction de ce qu’il sait (souvent peu) de ce pays mais aussi à partir de ses sentiments pour l’idéologie communiste et donc de son regard sur une situation politique extrême. Or, que voit-on ? Une ville, des gens, des esquisses de vies. Bref, un ensemble de situations à priori banales.


Pourtant, comment ne pas ressentir un sentiment d’inquiétante étrangeté ? Les espaces publics, les bâtiments, les personnages qui défilent devant l’objectif paraissent directement échappés d’un rêve. Ce que saisit Philippe Chancel est un spectacle, spectacle monumental étendu à tous les composants de la nation conduisant chaque homme et femme, chaque figurant de cette tragédie à calquer sa vie sur des préceptes qui nous restent inconnus, incompréhensibles.


Ce caractère théâtral, cette esthétisation incroyable du politique affleurent dans chaque image. Philippe Chancel ne prend donc pas parti. Il ne dénonce pas, ne joue pas la carte de l’exotisme, ni ne cherche à voir ce qui reste caché dans l’ombre. Ce qu’il enregistre avec le plus d’objectivité possible est sa propre fascination devant la perfection d’une telle mise en scène. Lui-même en convient : « Tous les éléments de la composition, le décor, l’environnement et surtout les personnages se mettaient naturellement en place par magie comme s’ils avaient répété un rôle. »


Entre Disneyland et camp de concentration, la Corée du Nord s’offre comme une ambiguïté visuelle sans doute unique au monde. Là réside la réussite de ces images, images à la fois captivantes et distantes envers la monumentalité d’une représentation destinée à elle-même.


Damien Sausset



Les images de l’exposition de Philippe Chancel ont été publiées dans un ouvrage (octobre 2006) aux éditions Thames&Hudson.

Exposition organisée avec le soutien du laboratoire Janvier.

Exposition présentée à l’Atelier des Forges, Parc des Ateliers, Rencontres d’Arles 2006.