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24 août 2005

Philippe Lopparelli, Electrotopia

« La musique électronique a cette capacité de se dissoudre dans le son, de se cacher derrière d’autres bruits, d’être la voix indéfinie de la nature, ou celle des sentiments confus, d’être comme une respiration. »

Andreï Tarkovski



La techno se développe depuis 1989 dans tous les lieux de crise sociale, politique. Elle stigmatise le passage de la société industrielle à la société technologique. En Europe, elle prend racine sur les avant-postes de la consommation, à la périphérie des villes. Les années Thatcher interdisant ces rassemblements, créent un phénomène de migrations de jeunes anglais vers le continent. Manifestations aux codes incontrôlables, les raves (fêtes organisées dans des lieux abandonnés, détournés de leurs fonctions premières) sont aussi appelées des TAZ (Temporary Autonomous Zones). Des dizaines de milliers de jeunes voyagent en Europe toute l’année d’une rave à une parade, dans ces « bulles d’utopie » installées dans les usines, les forêts ou sur les zones de nos « anciennes » frontières. Dans la rue, ces défilés « sans paroles » se substituent aux parades militaires et aux manifestations politiques.

Pour Michel Maffesoli, sociologue, une rave n’est pas une expérience marginale, mais un puissant moyen d’analyse de notre époque car elle dit en majeur ce que la société vit en mineur. Jusqu’ici nos sociétés modernes ont eu tendance à dénier la part de l’ombre de l’homme, alors qu’il s’agirait au contraire de la prendre en considération pour qu’elle se modère. Espace de liberté en totale rupture avec le quotidien, la rave permet à ses participants d’exprimer leur part maudite de façon rituelle. En cela elles s’apparentent incontestablement aux bacchanales antiques ou aux carnavals médiévaux.

Philippe Lopparelli a suivi cette génération électronique organisée en réseaux (internet, communications alternatives) pendant près de dix ans à travers toute l’Europe. Loin d’avoir l’intention de couvrir un phénomène de façon « objective », avec Electrotopia il préfère tisser des liens personnels. Ni inquisitrice ni partisane, sa vision cherche dans la foule l’intimité, la proximité des corps, la voracité des relations.


Il s’en dégage un sentiment très contemporain d’absence d’illusion entremêlée de liens reconstructeur. La voix indéfinie de la nature est ce corps commun porté par la même pulsation, primordiale à notre équilibre.

 


Membre du Collectif Tendance Floue.

Exposition réalisée avec le soutien du laboratoire Picto.

Exposition présentée à l’église Saint-Blaise, Rencontres d’Arles 2005.