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17 août 2010

Promenade en prison, Rencontres d’Arles 2010

PRISONS, DERRIÈRE LE MUR DES IDÉES RECUES

60 000 détenus dans les prisons françaises. Le problème ne devrait pas être si dur à régler !

Les Rencontres étant à leur façon un média, cette exposition basée sur le rapport du contrôleur général des lieux de privation de liberté en France, Jean-Marie Delarue, montre combien l’univers carcéral français est loin d’être un lieu d’aide à la réinsertion, mais plutôt une insulte à la condition humaine et invite à dépasser les idées reçues sur la prison.

Cette exposition montre aussi les limites de la photographie, qui ne dit pas les nuances qui font le drame des misères du quotidien. Une télévision, un atelier de travail, une bibliothèque sur une photo semblent offrir des possibilités aux prisonniers qui, en fait, n’existent pas pour la plupart d’entre eux et en tout cas pas sur une base régulière. L’hygiène et la sécurité sont bafouées quotidiennement, les misères morales le lot quotidien, les lois comme le salaire minimum ou l’accès à la santé sont transgressées par l’État lui-même, tout cela ne se voit pas sur une photo.

À l’inverse, l’image d’une prison neuve semble une solution, or l’image ne dit pas que le taux de suicide y est plus important que dans les prisons vétustes. Trois personnes dans une cellule, cela se voit, ce qui ne se voit pas, c’est qu’un détenu debout signifie que deux sont allongés car il est impossible de s’asseoir. Un détenu passant 22 heures sur 24 dans sa cellule, on imagine dans quel état psychique et physique sont les détenus.

Loin d’un reportage, cette exposition est une alerte sur un outil trop mal connu de notre démocratie.

François Hébel, commissaire de l’exposition




L’OUTRE-MURS

Les prisons sont, par nature, des lieux inconnus, sauf de ceux qui y vivent ou y travaillent.

Les images de la prison qui circulent depuis longtemps reflètent ce qu’on veut bien voir ou montrer de ces lieux de privation de liberté, comme l’a illustré l’exposition récente du musée Carnavalet consacrée aux prisons parisiennes.

Le Contrôleur général des lieux de privation de liberté, dont les photos qui sont ici exposées sont issues, n’a d’autre but que de rendre compte de la prison, telle qu’elle est, afin de veiller, comme la loi en donne mission, à la sauvegarde des droits fondamentaux des personnes captives. Il a visité à ce jour une soixantaine d’établissements pénitentiaires, demeurant dans chacun d’entre eux plusieurs jours du matin au soir, pour en observer la vie, parler en toute confidence avec les détenus et les personnels, relever le fonctionnement.

À chaque fois, les contrôleurs ont pris, pour éclairer leur constat, des photographies.

Sans doute ces images ne disent-elles pas tout. Ni l’angoisse et la solitude, ni le silence (« Qui peut dire la prison Qui peut dire le silence ?» demandait déjà Pierre Goldman) ou les cris, ni l’appréhension, ni l’incapacité de se définir ou de se dire Mais au moins donnent-elles à voir ce qui en constitue l’origine et la trame. Il a paru utile, toutefois, de les assortir de quelques commentaires pour mieux témoigner du contexte, c’est-à-dire de ce qui a été établi au cours des visites d’établissements par le contrôle général, qui est rapporté dans chacun de ses rapports comme dans son rapport annuel (consultable sur www.cglpl.fr).

Jean-Marie Delarue, contrôleur général des lieux de privation de liberté.


Exposition réalisée avec le soutien de Picto et HP.

Exposition présentée aux Rencontres d’Arles 2010.