logo
fr en
close post
28 août 2007

Q.E. II @ 80, Elizabeth II et Camera Press, 60 ans de « Gentleman’s Agreement »

Elizabeth II, née en 1926, est la seule personnalité au monde qui ait été photographiée pendant plus de 80 ans par les plus grands photographes pour des portraits officiels, retraçant à eux seuls la moitié de l’histoire de la photographie (170 ans depuis son invention).

Ces portraits reflètent toute l’évolution de la photographie, du pictorialisme, qui utilisait en studio les codes académiques, jusqu’à la démarche la plus contemporaine avec, par exemple, une utilisation radicale du flash.


Entre ces deux extrêmes, les portraits de la reine dévoilent un éventail des pratiques photographiques : photographie peinte, puis l’arrivée de la couleur, qui sera pendant longtemps doublée en noir et blanc. Le style se libère et l’on peut lire les influences du cinéma hollywoodien (1950), l’influence de la liberté accordée par les Kennedy, le faux reportage intime, la photo de mode (1960 / 1970), et la photographie contemporaine à l’occasion du jubilé en 2002, lorsque dix photographes sont invités à Buckingham Palace.


On s’aperçoit que la reine, dont on dit souvent qu’elle communique mal, a paradoxalement une histoire de mise en scène photographique assez riche. Il n’y a pas de périodicité pour la réalisation de ces images, mais plutôt des occasions officielles, mariages, naissances, voyages dans un pays du Commonwealth, anniversaires, ou bien de purs motifs de communication. Pendant la guerre 1939-1945 par exemple, il fallait montrer le flegme royal en prenant le thé à l’extérieur alors même que les bombes pleuvaient sur Londres et plus tard l’enrôlement de la future reine dans l’armée.


Les photographes convoqués font partie des plus grands noms du portrait, Tony Armstrong-Jones, qui deviendra lord Snowdon en épousant la princesse Margaret, sur de la reine, Cecil Beaton, Yousuf Karsh, Baron, lord Patrick Lichfield, Dorothy Wilding, et aussi la star de la pop music Bryan Adams ou le fils de la reine S.A.R. le prince Andrew.

La sélection présentée à Arles ne concerne que les portraits de Sa Majesté, rarement en groupe, il existe évidemment bien d’autres photos officielles avec d’autres membres de la famille et une multitude de photographies de reportage. Il nous a semblé intéressant de resserrer le choix à des photographies sur rendez-vous, réalisées pour la plupart à Buckingham Palace. Les photographes préparent leur mise en scène à l’avance, la reine apparaissant quelques minutes pour la prise de vue. Les clichés sont alors confiés au service de presse du Palais qui décide lesquelles pourront être diffusées après l’aval personnel de la reine sur chaque photo. L’idée même de cette exposition a été soumise au Palais et a reçu l’aval de Buckingham, qui a accepté de diffuser une des images du jubilé où la reine est assise à côté d’une collection de bottes de chasse, photo non diffusée en 2002.

Depuis sa fondation par Tom Blau, un photographe hongrois, il y a soixante ans, l’agence londonienne Camera Press entretient une relation privilégiée avec le Palais de Buckingham pour diffuser ces images aux journaux et magazines du monde entier.

Cette exposition qui célébre les 60 ans de Camera Press, présente des tirages noir et blanc issus des tiroirs de l’agence tels qu’ils étaient proposés à la presse avant la numérisation des archives. La couleur qui était alors diffusée sous forme de diapositive a fait l’objet de tirages numériques récents.

Deux personnages délicieux ont succédé à Tom Blau à l’agence pour maintenir le lien avec le Palais : Donald Chapman et Roger Eldridge. Ce sont aux yeux des Français les typiques gentlemen anglais que l’on aime imaginer tondre une pelouse impeccable. Leur délicatesse est extrême, leur sourire sans cesse accroché aux lèvres, et leur humour fait fondre. Donald indique son âge en disant qu’il a deux ans de plus que Sa Majesté la reine, soit 83 ans, il entretient sa forme en buvant du gin au déjeuner. Roger feint de se demander pourquoi la reine l’a nommé lieutenant de son Ordre (Royal Victorian Order). Ils sont les garants auprès de Buckingham d’une diffusion « appropriée » de ces portraits officiels. Ils suggèrent des occasions, organisent les rendez-vous avec les photographes, mais n’assistent pas aux prises de vue. Tom Blau, Donald Chapman et Roger Eldridge sont les orfèvres du « gentleman agreement » (accord amiable).

François Hébel, commissaire de l’exposition.



Tirages numériques réalisés par Picto. Exposition réalisée avec le soutien de HP.

Exposition présentée au Magasin Electrique, Parc des Ateliers, Rencontres d’Arles 2007.