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19 août 2009

Raed Bawayah, Prix Découverte des Rencontres d’Arles 2009

Présenté par Agnès De Gouvion Saint-Cyr. Inspecteur Général pour la Photographie au Minsitère de la Culture et de la Communication, directrice artistique des Rencontres d’Arles en 1990.


HÔPITAL. Ce travail aborde la question de l’Autre dans la société en général, et sur la société palestinienne en particulier, à travers la vie de patients palestiniens à l’hôpital psychiatrique de Bethléem, en Cisjordanie. Ces photographies traitent d’un sujet social délicat : les préjugés qui entourent ces patients et le fait qu’on ne les accepte pas dans la société palestinienne, et par extension dans la société tout court. Ainsi je pose certaines questions: qu’est-ce qu’un être humain normal ? Qui possède la légitimité, pour décréter illégitime une personne ou un pan de la société, ou encore pour dire que telle ou telle personne est anormale ? Y a-t-il une place dans la société pour l’Autre, au vu des conflits relatifs à l’autorité, au pouvoir et au capital ? Les malades psychiatriques qui représentent le sujet de cette oeuvre constituent un groupe en marge de la société palestinienne, stigmatisés, illégitimes. Tous ceux qui entrent en contact avec eux souffrent aussi de ce traitement, que ce soit la famille ou le personnel de l’hôpital. En se penchant sur ce sujet, je voulais bâtir une nouvelle image de ces personnes, une image humaniste, loin des idées reçues, leur donner la parole sans les juger comme incapables de comprendre, de ressentir ; sans les voir seulement comme des gens bizarres. Mon intention est de mettre au jour leur situation délicate en leur donnant une légitimité et une crédibilité pour que le Palestinien lambda soit confronté à la réalité et assume une part de responsabilité. Ces photographies sont destinées à toutes les couches sociales. Leur but est de parler aux gens de l’humanitaire autant qu’aux Palestiniens puisqu’il s’agit aussi d’une affaire humanitaire, de par l’universalité du phénomène psychiatrique et les divers degrés d’acceptation qui varient d’une société à l’autre. Cela représente une préoccupation humaine dont tout citoyen de toute société, quelle que soit sa culture, peut faire l’expérience et comprendre. Apprécier ce travail ne demande pas un grand investissement intellectuel ; on peut être analphabète et comprendre la cause défendue, être touché par ces photos, en revivant l’expérience des patients, en se rendant compte de leurs différences mais aussi, sur d’autres plans, de leurs ressemblances.

Raed Bawayah


Tirages réalisés par Toros Lab.

Encadrements réalisés par Jean-Pierre Gapihan.

Exposition présentée à la Grande Halle, Parc des Ateliers, Rencontres d’Arles 2009.