logo
fr en
close post
15 août 2006

Randa Mirza, Edifice de la mémoire

Proposée par Abdoulaye Konaté pour le Prix No Limit 2006.


Abandonned Rooms est une série de vies délabrées. Un entre-deux, entre la réalité du passage et son indicible disparition. Elles parlent du passé au présent, de la présence dans l’absence, de mort et de survie, de ce qui s’oublie et de ce qui persiste, de ce qui pourrit et se transforme dans un pays qui flotte parmi ces ruines.

Cours normal de la vie d’hier : les abris provisoires, le bruit des canons, la peur, les départs fugitifs, les déménagements et les disparitions. La fin de la guerre a amené avec elle une stabilité brusque, surtout étrangère. Les années de conflits ne sont plus que trous dans les murs soudés par l’amnésie silencieuse d’un pays qui a décidé de taire ses blessures. Des immeubles inachevés, des décombres, des appartements et des chalets abandonnés, des villas luxueuses, des hôtels et des maisons d’été ont abrité durant la guerre du Liban les vagues d’émigrés civils fuyant leurs régions dévastées. Les différentes milices libanaises, ainsi que les armées étrangères se sont également emparées de ces constructions, en les transformant en habitations ou locaux. Depuis la fin de la guerre civile en 1990 et jusqu’au retrait récent des armées étrangères du territoire libanais, la plupart de ces lieux ont été rendus à leurs propriétaires d’origine. Malgré la frénésie de reconstruction qui s’est emparée du pays, fortement encouragée par les gouvernements qui se sont succédés depuis la fin de la guerre, un grand nombre de ces épaves éparpillées sur la totalité des terres libanaises sont actuellement en ruines…Elles constituent les seuls vestiges et traces de la guerre civile, des trous épars dans la mémoire collective. En pénétrant ces décombres, je ressens l’envie et la peur du retour sur les lieux du souvenir. Des superpositions de vies attendent dans les chambres photographiées. Les frôler, les longer même, révèle l’aventure, le risque d’une rencontre forcée avec la mémoire. Dans le dénuement de ce qui reste, se lèvent des secrets refoulés, aujourd’hui poussières présentes et imaginaires.

Ces lieux à identités et histoires multiples sont les édifices de la mémoire. Souvent inaperçus par les Libanais ils font aujourd’hui partie intégrante du paysage urbain et s’érigent comme une butée du présent contre un temps à la fois immobile et révolu. 



Exposition présentée au Magasin Electrique, Rencontres d’Arles 2006.