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15 août 2006

Ricky Dávila, Manila

Proposé par Alain D’Hooghe pour le Prix Dialogue de l’Humanité 2006.


Le Projet MANILA (Manille) est le résultat de cinq voyages faits par l’auteur – Ricky Dávila – dans la capitale des Philippines, une des villes les plus peuplées d’Asie. L’objectif de cette approche est de composer une sorte d’essai documentaire où cohabitent le chaos urbain, les concours de beauté, la prison de la ville, les enfants des rues, les lieux de prostitution, les salles de boxe, les zones d’extrême pauvreté  – comme Navotas – et les classes sociales économiquement émergentes. 

Ricky Dávila nous offre une vision passionnément subjective d’une société confrontée à une permanente crise d’identité : celle découlant des deux colonisations – espagnole et américaine –  qui mêlent leurs traces à l’héritage asiatique, à chaque fois plus présent. La schizophrénie que génèrent le conflit entre les religions occidentales et orientales ainsi que l’influence européenne et avant tout américaine sur les coutumes et la langue – l’usage de l’anglais est majoritaire – convertit la capitale de l’archipel philippin en une scène fin de siècle, surprenante, et souvent accablante, loin de l’éclat médiatique qui entoure des grandes villes comme Shanghai, Tokyo ou Bangkok. L’instabilité politique – avec de fréquents cas de corruption – les crises militaires et les groupes de guérilleros qui par intermittence se font visibles, contribuent à renforcer à Manille cette perception de métropole toujours au bord de l’explosion sociale. 

L’ensemble des photographies du projet révèlent la maturité créative d’un photographe formé à New York et dont la carrière s’est développée en Espagne. Ricky Dávila appartient à une génération d’auteurs qui a incorporé et assimilé toute la transition formelle et conceptuelle du documentarisme du dernier quart du XX ème siècle.  De fait, dans ses images on reconnaît la nature plurielle de la culture photographique qui cimente et  enrichit son œuvre. Le projet sur Manille s’éloigne délibérément des paris visuels maniéristes facilement spectaculaires. Ricky Dávila transfère à ses images le bruit et la superposition des paysages urbains qui se déploie dans une des villes d’Asie la plus convulsive  et la plus inconnue du public occidental. Le regard de Ricky Dávila transcende le genre du reportage et s’aventure dans une grammaire plus proche de la littérature que du journalisme, incorporant une galerie de personnages qui illustre, sans concession à l’exotisme, l’étrange iconographie résultant de l’intersection de cultures si différentes et distantes.



Exposition présentée au Magasin Electrique, Rencontres d’Arles 2006.