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28 août 2007

RongRong & inri, Liu Li Tun

Liu Li Tun est le nom d’un quartier de Pékin situé aux abords du 3e périphérique Est dans le district de Chaoyang. RongRong s’installe en 1994 dans une de ces maisons à cour carrée un peu décrépites qui s’enchevêtrent les unes derrière les autres et qui forment ce qu’on appelle encore alors un « village » dans la ville. Pendant huit ans, il ne cesse d’y photographier sa vie bohème : seul avec ses chats et ses amis d’abord, puis avec sa femme, inri, photographe elle aussi, japonaise, avec laquelle à partir de 2000 il commence à élaborer un travail en duo jusqu’à la destruction du lieu en 2002 que les deux amants viennent hanter de nuit comme de jour. L’exposition suit ce cheminement : trois moments marqués par trois types de travail photographique, chacun dans ses propres format et qualité plastique, et chacun illustrant un parcours dans la carrière des deux artistes.


La démarche de l’exposition consiste à regrouper les clichés disparates donnant forme et sens à la vie intime du couple, en un corpus qui trouve sa qualité dans son contenu autant que dans sa forme, ainsi qu’en documentant et restaurant un environnement de travail et de vie de façon à refléter la recherche d’un langage photographique qui leur est propre.


Première période : la maison de RongRong est un havre de chaleur où se retrouve une jeune génération d’artistes qui sort tout juste de l’époque du « Village de l’Est », un autre village d’artistes de Pékin où ils ont fait l’expérience d’une vie marginale et difficile, en butte aux constantes tracasseries des autorités et aux difficultés financières. RongRong produit des photos de petit format, intimes et claires, en noir et blanc pour la plupart.


Deuxième période : les deux amants qui ne partagent au début de leur histoire aucune langue commune, RongRong le Chinois et inri la Japonaise, élaborent dans la photographie un langage d’amour, dont ils sont indistinctement les sujets, les auteurs et les outils. S’ensuit une observation de la vie avec les yeux d’inri, où chaque détail quotidien prend une qualité singulière à travers de grandes planches couleurs.


Troisième période : le quartier se vide de ses habitants, la maison se vide de ses meubles, un paysage de ruines se substitue au « village ». Les grands tirages noir et blanc montrent les amants unis une dernière fois dans leur maison avant qu’elle ne soit démolie ; ils accompagnent la destruction du lieu comme on le fait pour des funérailles.


À la fin de cette aventure à Liu Li Tun, les deux artistes n’étaient sans doute pas vraiment conscients du fait que leur travail reflétait la transition d’une ville du xxe siècle vers le xxie siècle, et qu’il avait ainsi laissé à certains un goût de nostalgie. Liu Li Tun est maintenant enterrée sous les gratte-ciels, les mêmes qui recouvrent désormais la ville entière.


Bérénice Angremy




Exposition présentée à l’Atelier de Mécanique, Parc des Ateliers, Rencontres d’Arles 2007.