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24 août 2005

Simon Norfolk, Et in Arcadia ego

Nominé par Kathy Ryan pour le Prix Dialogue de l’Humanité 2005.



Ces images font partie d’un projet qui cherche à comprendre comment la guerre et le besoin des hommes de se battre ont formé notre univers, nos espaces de vie, nos technologies et nos façons de nous concevoir.

Si l’Afghanistan et l’Irak sont les meilleurs exemples actuels de ce phénomène, il existe bien d’autres « champs de bataille », bien d’autres paysages/lieux produits par la guerre : les villes-champignons créées par des réfugiés, les environnements singuliers engendrés par l’espionnage électronique, le visage d’une jeune fille sidéenne et mourante dans un pays dont le système de soins déjà branlant a été entièrement détruit par des années de guerre civile.  

Tous ces « paysages » partagent un rapport à la guerre dont notre société préfère minimiser l’importance. J’ai récemment appris avec étonnement que la rue principale de mon quartier de Londres, longue, droite et animée, suit une ancienne voie romaine : à certains endroits, le macadam a été directement superposé aux pavés d’origine. Or le réseau routier romain représentait l’apogée de toute une culture militaire, l’équivalent de l’avion furtif, de l’hélicoptère Apache d’aujourd’hui : en effet, il s’agissait d’un moyen de maintenir un vaste empire en permettant à une armée relativement réduite de se déplacer rapidement et en toute sécurité à n’importe quelle saison. Je trouve extraordinaire qu’une ville comme Londres, en principe formée par les rois Tudor, l’empire britannique, les ingénieurs de l’époque victorienne et les gérants de l’économie globalisée d’aujourd’hui, dépende encore d’un dispositif romain.

Quiconque s’intéresse à l’impact des guerres devient vite expert-ès-ruines : ainsi ces images ressortent-elles d’une longue fascination avec ces constructions démembrées et la façon dont elles ont été perçues par les artistes. Parmi les premiers photographes, certains se sont spécialisés dans les ruines, s’inspirant de la dévastation et du délabrement qui ont nourri les tableaux de Nicolas Poussin et de Claude Lorrain, les jardins de Capability Brown, l’œuvre poétique de Shelley et de Byron : autant de métaphores de l’orgueil démesuré, de l’effroi devant le sublime, de la puissance divine et surtout, à mon sens, de la vanité de la conquête.

Toutes ces images datent d’après le 11 septembre 2001, moment s’il y en a qui fait réfléchir aux implications d’un nouvel empire global, de la violence inhérente à une telle entreprise, au sens que pourrait avoir pour nous ce nouvel entassement de ruines…



Exposition présentée au Magasin Electrique, Rencontres d’Arles 2005.