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10 août 2008

Tim Walker, Images du Pays des Merveilles

« Quand le décor devient le personnage et raconte des contes et légendes contemporains aux séductions sophistiquées tel un Cecil Beaton, un Lewis Carroll ou un James Matthew Barrie d’aujourd’hui. »

Christian Lacroix




Au début des années 1980, un débat a vu le jour entre psychosociologues, sociologues et théoriciens des médias à propos du phénomène et des effets de la « déferlante d’images », en augmentation constante du fait du nombre croissant de chaînes de télévision, de journaux et de magazines. Nul n’avait alors idée du potentiel de cette masse d’images accessible en permanence, imminente du fait de la voie ouverte par Internet et par la numérisation de la matière visuelle. L’expression « déferlante d’images » renvoie à la crainte d’une inondation due à ce déluge, menant dans la pire des hypothèses à la submersion de vastes étendues d’un monde qui recevait jusqu’ici une masse d’images régulière. Si ces âmes inquiètes d’une autre ère devaient assister aux déferlements actuels, elles pleureraient probablement la perte d’un monde noyé depuis longtemps. Mais rien de tel n’arriva. Notre perception s’adapta à de nouvelles dimensions, et le cerveau humain augmenta de façon exponentielle la vitesse à laquelle il traitait les images. Aujourd’hui, nous sommes capables de gérer plus d’informations visuelles à la fois et de nous repérer plus vite que les gens étaient en mesure de le faire il y a cinquante ans. Le problème ne concerne pas le destinataire, le spectateur de l’image, mais bien le producteur, le créateur de ces images. Face à ce fatras visuel, comment capter l’attention d’une cible ? En cultivant la différence. 4 avril 2006. Un dossier d’un numéro de Stern, ramassé par hasard dans un avion et lu négligemment, comporte quelques photos du photographe Tim Walker, alors âgé de 35 ans. Je tombe instantanément sous le charme. Rien de la froideur minimaliste, de la réalité standardisée ou des mises en scène trash que les photographes de mode utilisent constamment pour retenir notre attention et dont nous sommes las. Au contraire, les images de Tim Walker réveillent des souvenirs enfouis et des mondes enchanteurs, comme celui du Chat de Cheshire d’Alice au pays des merveilles. Les chats de Walker ne sourient pas, mais leurs pelages colorés ne sont pas non plus de notre monde. Un éléphant bleuté longeant l’enceinte d’un temple indien nous projette dans de fantastiques royaumes oniriques. Ces mises en scène somptueuses et ces couleurs délavées avaient disparu il y a longtemps, probablement avec Cecil Beaton.

 
Veit Görner, directeur de la Galerie Kestnergesellschaft, Hanovre, Allemagne.




Tirages réalisés par le laboratoire Touch Digital, Londres.

Exposition présentée à l’Atelier de Maintenance, Parc des Ateliers, Rencontres d’Arles 2008.