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21 juillet 2002

Un regard captif, Collection Ordoñez-Falcon

Mais qui sont-ils donc les collectionneurs qui traquent sans relâche les perles photographiques? Que cherchent-ils ces accumulateurs qui remplissant des boîtes entières de photographies ? Il faut certainement écouter Paul Walter, collectionneur insatiable, qui déclarait en 1977 « C’est l’un des rares genres artistiques – peut-être le seul – où l’on peut réunir une collection majeure de pièces majeures par des artistes majeurs. Pour les autres arts, ce n’est plus possible, même avec des ressources illimitées, car les œuvres ne sont tout simplement pas disponibles ».

Enrique Ordoñez et sa femme Isabel Falcon ne s’y sont pas trompés: amateurs de peintre parmi tant d’autres, ils ont délaissé ce médium pour se tourner dès le début des années 1980 vers la photographie, accédant en quelques années au cercle très fermé que composent quelques dizaines des collectionneurs privés. Riche de plus de hui cents photographies, leur collection ne cesse de s’accroître, s’imposant aujourd’hui comme la plus importante d’Espagne et rivalisant avec les grandes collections internationales. 

L’exhaustivité était d’ordinaire l’apanage des collections antérieures à la leur ; en effet, la génération précédente avait connu l’âge d’or, elle avait participé à la mise en place hasardeuse d’un marché de la photographie. Ils s’appelaient Roger Thérond, Sam Wagstaff, Manfred Heiting ou Thomas Walther, parmi d’autres, et faisaient la tournée des bouquinistes, conscients que nombre d’épreuves anciennes passaient entre leurs mains. L’époque était certes différente, et celle que connurent les collectionneurs qui débutèrent dans les années 1980-90 fut moins heureuse. Le marché s’était structuré, la photographie avait fait son entrée au sein des grandes institutions, et les collectionneurs perdaient petit à petit leurs prérogatives d’uniques clients potentiels. Cette nouvelle génération donna alors bien souvent un thème à sa collection autant pour restreindre le spectre que pour concentrer son énergie et ses ressources sur une période historique ou un territoire. 

Le couple Ordoñez-Falcon s’intéressa en premier lieu à la photographie du XXe siècle. En quelques années, ils constituèrent un ensemble cohérent dont émergeait deux pôles majeurs: la création contemporaine avec des œuvres d’artistes internationaux, à l’image des photographies de Cindy Sherman ou d’Andes Gursky qui entrèrent dans la collection à une époque où ils étaient bien moins connus (respectivement en 1987 et 1996); et les avant-gardes françaises, tchèque ou espagnole. 

Dans un deuxième temps, ils entreprirent de remonter à contre-courant l’histoire de la photographie, ouvrant ainsi leurs portes aux pionniers, ceux qui, au XIXe siècle, expérimentèrent et perfectionnèrent la technique. (…)


Extrait du texte de présentation de l’exposition. 


Sam Stourdzé, Commissaire de l’exposition.



Exposition présentée au Musée Départemental de l’Arles Antique, Rencontres d »Arles 2002.