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16 juillet 2003

Youssef Nabil, Pour un moment d’éternité

Né en Egypte en 1972, Youssef Nabil grandit au Caire où il est bercé dès son enfance par la grande époque du cinéma égyptien des années cinquante, celle du Hollywood sur Nil. De ces images en Noir et Blanc il garde la nostalgie du glamour, une certaine légèreté, l’élégance et le goût du mélo.

Très jeune, à l’age de dix-neuf ans, il commence à prendre des photos en marge de ses études littéraires à l’université du Caire. Deux rencontres artistiques viendront donner un tournant décisif à sa carrière. La première avec David Lachapelle dont il sera l’assistant à New York et la seconde avec Mario Testino qu’il suivra à Paris. Cette double expérience dans la photo de mode avec deux des plus talentueux photographes lui permettra non seulement d’apprendre à leurs côtés la sophistication de la photo de mode et d’affiner son amour de la mise en scène et, paradoxalement l’aidera également à développer un regard et un style qui vont lui permettre d’acquérir très vite une notoriété en Egypte.

Dans ses photos, il retiendra de ses amours cinématographiques un attachement particulier à la mise en scène et au choix des décors. Tout un dispositif est mis en place pour rappeler l’univers suranné du roman-photo, corollaire du cinéma de cette époque.

A partir de ses prises de vues réalisées dans l’esprit des “ Studios ”, il s’attache à mettre en valeur dans chacun de ses portraits l’aspect extra- ordinaire de ses modèles. Réalisées en Noir et Blanc, une fois développées, les photos sont soigneusement mises en couleur à la main.

Ses modèles sont des artistes égyptiens ou internationaux : acteurs, chanteurs, musiciens ou plasticiens. Pour les photographier, il doit avant tout les aimer.  Ses photos l’aident à approcher les êtres qui l’attirent, le fascinent ou qu’il a envie de connaître. 

Il y a aussi ses propres icônes, celles qui ne sont plus de ce monde mais qu’il réussit à réincarner sous les traits de ses amis ou modèles. Ainsi, il aura devant lui, le temps d’un cliché, sa Frida Kahlo ou sa Mona Lisa…

Pour lui, la célébrité offre une part d’immortalité qui permet à ceux qu’elle touche de vaincre la mort grâce à la dimension mythologique que peut avoir l’image peu importe  qu’elle parte du réel ou qu’elle soit fabriquée. 

Par de là cette touche d’éternité, ses personnages auréolés d’amour n’échappent pourtant pas à la solitude qui les fige dans leur destin de stars. Les moments de célébrité détachent l’individu des autres et l’isolent dans un isolement extrême proche de la mort. 

Il y a là le désespoir de l’être qui se retrouve face à toute cette vanité où finalement, il ne restera de la vie qu’une image coloriée sur laquelle se projettent des fantasmes…

Dans un travail plus récent, Youssef Nabil va encore plus loin dans ses obsessions qui lient l’amour à la mort. D’inspiration plus métaphysiques, ses dernières photos sont composées d’objets à connotation sexuelle pleine de danger et d’êtres qui voient le sens et l’essence de leur vie leur échapper. Éros et Thanatos…. L’insouciance des années Glamour est désormais bien loin.


Michket Krifa, Commissaire de l’exposition.


Exposition présentée à l’Atelier des Forges, Parc des Ateliers, Rencontres d’Arles 2003.